Mardi 10 janvier 2012
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Il aura fallut d'une fois pour qu'elle me tue à nouveau. En 10 minutes. Alors que quand j'étais enfant et ado, ces attaques étaient perpétuelles. Permanentes.
"Laide, sale, souillonne, grande dégueulasse, salope, pourriture de môme, ordure..." Voilà les mots que je recevais de celle qui m'a donné le jour.
J'ai eu ce que l'on appelle une piqûre de rappel. Un bon vaccin, en ce dimanche premier janvier 2012. Bonne année, Mémoria ! Je te souhaite tout le bonheur du monde
! Finalement, l'histoire ne fait que se répéter. Je ne peux plus fuir. J'ai trop besoin de mon père, j'ai trop besoin de l'océan, de la mer... Mais ils habitent toujours ensemble. Tant pis pour
elle. Je voudrais retrouver la force que j'ai eu à 12 ans et demie, la lucidité de comprendre si jeune ce qu'il lui arrivait, le fait qu'elle était folle. Et la mettre hors de moi.Sa méchanceté,
sa perversité, son agressivité permanente, ses mots déplacés, méchants : "Ah ! Tu vas voir le cholestérol, à manger autant de beurre ! C'est héréditaire ! phhhhh !" alors que je me faisais de
simples tartines de beurre. Je lui ai rétorqué : "J'ai fait une analyse il y a deux mois, 1,98 !" Je triomphais. Je la rembarrais à chacune de ses attaques. Et puis le dernier jour, elle m'a
coincée dans un coin, sans que mon père ou mon mari soit là....elle m'a sauté à la gorge et elle a attaqué, elle m'a fait tout le mal possible...Je l'ignorais, je rassemblais mes affaires pour
les ranger... et elle harcelait, elle attaquait, elle agressait...
A 13 ans, c'était facile. Parce que j'ai été aidée. J'ai trouvé sur mon chemin des gens qui m'ont aidés, des gens qui m'ont dit que j'avais des qualités, des gens
qui m'ont fait des compliments, qui m'ont révélé à moi-même. Intimement, ces paroles bienveillantes ont été gravées en moi, au plus profond de moi. J'ai su que j'étais faite pour l'art, pour la
création artistique, la musique ; j'ai été soignée au plus profond, à l'âge de 13 ans, par des artistes, des personnes qui ont vu en moi les talents. J'ai su quelle était ma voie. Mais ma mère a
tout fait pour me détruire, pour m'orienter, pour me coller un métier qui ne me correspond pas. Dans lequel je perds la santé, la boule, l'espoir. Rien ne me reste. Rien... Je n'ai plus d'espoir
dans ce milieu. Notre enthousiasme est bridé. Rien de ce que l'on fait n'est bien. On n'est pas soutenus.
Je n'ai pas dormi de la nuit. Mais j'ai pris une grande décision. J'ai décidé de vivre mes rêves, de les assumer. J'ai décidé de quitter mon métier. Pour de bon
cette fois, de ne pas faire semblant. Première étape, repasser à mi-temps. Et puis économiser. Parce que je veux vraiment devenir artiste... Mon premier recueil de nouvelles va sortir dans les
mois qui viennent. Consensuel... Chiadé. Propret. Dans une petite boite d'édition. Sortie initialement prévue le 16 mars. Y'aura certainement du retard... Parce que j'osais pas m'affirmer au
début, dans mes premiers écrits. Je n'osais pas dire qui j'étais. Je ne m'impliquais pas. Mais j'ai ce roman de 500 pages non relu, auquel il manque un souffle vital. Personnel. Violent. Parfois
trash. Mais jamais gratuit.
Je ne pouvais pas aller travailler dans l'état dans lequel je suis. Je me serais faite bouffer toute crue par les gamins. Un enfer. Je vis un enfer dans ce collège
de banlieue parisienne. Je vis un enfer. Perpétuation de l'enfer maternel, qui est prof également, dans la presqu'île guérandaise. "Ah ! On a plein de problèmes sociaux, une fille est tombée
enceinte le mois dernier !" m'a-t-elle sorti la semaine des vacances. Et bé, s'il ne s'agissait que de cela ! Moi, c'est tous les jours qu'il y a des histoires de moeurs, des histoires de gamins
de 11 ans, deux garçons surpris à se faire des fellations dans les toilettes du collège, des bagarres, des disputes, des insultes, des insolences, des incivilités. Je me suis faite traiter
d'"enculée " par une gamine de 12 ans parce que je lui demandais très gentiment de sortir une feuille de copie pour faire son contrôle. Mais pourquoi ma mère se sentait-elle obligée de se
comparer à moi, encore et toujours ? Pourquoi ? Pourquoi me rabaisser ? Pourquoi me dire qu'elle était pour le racourcissement des vacances scolaires, pour l'allongement du temps de travail
des profs ? Alors qu'elle devrait déjà être en retraite ?
Je ne pouvais pas travailler en n'ayant pas dormi cette nuit. Alors je suis allée voir mon médecin à qui j'ai tout raconté, ma mère, l'engueulade par mon chef mardi
dernier, injustement, parce qu'une chaise de ma salle a été cassé par les mômes, alors que mon cours était fini et que j'y étais pour rien. Je vais prendre du recul. Arrêter de culpabiliser.
Arrêter et préparer ma démission. Je vais démissionner. Je ne vais pas rester dans ce milieu de tarés. Je ne suis pas faite pour enseigner dans un asile psychiatrique. Non. Je ne laisserai plus
jamais personne me mépriser, me maltraiter. Surtout pas au travail. Jamais. Plus jamais.